Notre Histoire

Voici une interview du fondateur de Give Access...

Raconte-nous ton parcours… Qui es-tu ? D'où viens-tu ?

Je m’appelle Emmanuel Hureaux, j’ai 35 ans, je suis le fondateur de Give Access et je suis atteint d’une maladie génétique qui me rend totalement tétraplégique. Plus précisément, c’est une amyotrophie spinale infantile. Je ne peux donc pas marcher et je bouge à peine mes doigts. J’ai fait des études : je suis titulaire d’un Master Ingénierie de l’Innovation Technologique que j’ai obtenu à l’Université de Poitiers en France. Mon Master était plutôt centré sur la Conception Mécanique et je me destinais plus particulièrement à faire une carrière dans le domaine du calcul mécanique et notamment de la modélisation mécanique par éléments finis. C’est le genre de métier dans lequel on brasse énormément de données pour les traiter et en déduire des lois physiques et mécaniques qui permettent de fabriquer plein de choses : des bâtiments, des ponts, des avions, des voitures, des trains, des robots, etc…

Emmanuel Hureaux

Ça a commencé très tôt. J’ai toujours été très intéressé par les outils de compensation du handicap. J’ai eu un parcours technologique assez atypique car je n’ai pas été pris en charge par les services techniques des associations de personnes handicapées. En fait, j’ai eu la chance d’être accompagné technologiquement par des ingénieurs en informatique, en domotique et en traitement du signal qui étaient à la pointe de la technologie et qui cherchaient à adapter des outils high-tech pour les intégrer à ma vie. Ça m’a donné une vision très différente des outils d’accessibilité. Ensuite, pendant mon adolescence, j’ai travaillé avec ces personnes pour créer des prototypes d’aides techniques beaucoup plus avancées et adaptées à mon handicap et toutes ces aides très high-tech m’ont permis de vivre une expérience technologique très différente des autres personnes en situation de handicap.

Plus tard, parallèlement à mes études, j’ai développé des compétences en programmation informatique et je me suis intéressé tout particulièrement aux intelligences artificielles. J’ai rapidement compris que pour pouvoir dépasser le handicap qui était le mien, il me faudrait des outils différents de ceux qui sont proposés habituellement aux personnes en situation de handicap et j’ai très vite commencé à entrevoir le potentiel de compensation du handicap qu’offrent les intelligences artificielles.

Je suis quelqu’un d’extrêmement persévérant et d’optimiste par nature. Je suis aussi le genre de personne qui aime construire des projets d’une ampleur parfois titanesque : le travail de longue haleine ne me fait pas peur et au contraire, ça me motive !

Par la force des choses, je dirais que ma philosophie c’est que si l’on observe un problème sous un angle totalement nouveau alors on peut trouver des solutions extrêmement nouvelles et pertinentes. Dans ce cas, il y a tellement à découvrir !

D’abord, ça été par nécessité. Comme je l’ai dit tout à l’heure, j’ai eu la chance de pouvoir utiliser des prototypes d’aides techniques qui ont compensé mon handicap pendant de nombreuses années et qui m’ont permis de faire beaucoup plus de choses que mes collègues en situation de handicap. Malheureusement, avec l’évolution technologique rapide de l’outil informatique, ces matériels prototypes sont devenus obsolètes. Je me suis donc retrouvé sans rien et avec zéro possibilité mise à part une certaine forme d’utilisation passive de mon ordinateur : c’était une véritable douche froide ! J’en parle dans la vidéo de la page de présentation de ce site Web. Il fallait absolument que je trouve quelque chose pour récupérer mes capacités technologiques et retrouver les activités que j’avais auparavant.

Je me suis dit que la meilleure chose à faire c’était de commencer à programmer des outils et, chemin faisant, j’ai amélioré mon autonomie et j’ai retrouvé toutes mes capacités. Pour être honnête, je les ai même dépassées.

Oh que oui ! Et plus je persévère sur ce chemin de l’accessibilité 100 % plus je rencontre des obstacles. Déjà, il a fallu se résoudre au fait que la technologie a ses limites et même si on peut repousser ses limites grâce à de nouvelles inventions, il y a aussi certaines adaptations et certains compromis à faire. En effet, lorsqu’une personne en situation de handicap découvre pour la première fois l’ergonomie nouvelle que j’ai créée, il y a parfois une certaine appréhension car, certes, la technologie s’adapte au handicap mais l’humain doit aussi faire un pas vers la technologie. C’est d’une mise en commun des efforts technologiques et humains que naît l’accessibilité nouvelle génération.

Aussi surprenant que ça puisse paraitre, je rencontre beaucoup d’obstacles avec les personnes qui travaillent dans le milieu du handicap et qui font officiellement la promotion de l’accessibilité. Même s’il y a une majorité de personnes très engagées et dévouées qui agissent pour venir en aide aux personnes handicapées pour leur permettre d’acquérir une meilleure autonomie, certaines personnes freinent l’évolution technologique et font de la rétention d’information pour empêcher que des nouveaux projets comme Give Access soient connus des personnes handicapées qui en ont besoin. Je parle de ce sujet en connaissance de cause puisque, mon équipe et moi, nous sommes régulièrement confrontés à ce genre de pratique.

Cette volonté de freiner l’évolution existe pour plein de raisons différentes : des raisons mercantiles, une frilosité par rapport aux nouvelles technologies, une crainte de se sentir inutile auprès du public en situation de handicap, une peur de devoir se remettre en question sur certaines connaissances et pratiques, et aussi une certaine forme de validisme… Bien que les raisons soient multiples, c’est un fait et il faut en avoir pleinement conscience.

Pour moi, tous ces obstacles ne signifient qu’une chose, c’est qu’il est grand temps que les personnes en situation de handicap prennent le pouvoir sur leur accessibilité numérique et technologique. Il ne faut surtout pas avoir peur de rechercher des informations et de tester des choses par soi-même car vous ne pouvez jamais être certain que les personnes qui vous aident vous donneront toutes les informations pertinentes à la résolution de vos problèmes d’accessibilité.

D’ailleurs, si vous voulez nous aider à contourner cet obstacle de la rétention d’information qui empêche les personnes en situation de handicap d’avoir connaissance des outils réellement adaptés à leurs besoins, n’hésitez pas à diffuser l’information et à partager cette vidéo autour de vous…

Mon plus gros succès c’est certainement le fait d’arriver à contrôler les jeux vidéo d’une manière tellement fluide que je n’ai plus de handicap dans les jeux. Vous devez certainement vous demander pourquoi j’insiste sur les jeux vidéo et la raison est très simple… Les jeux vidéo constituent l’environnement le plus défavorable à une accessibilité informatique : jouer demande énormément de rapidité, de réactivité, d’adaptabilité et de très nombreuses fonctionnalités au même moment. Alors réussir à développer des technologies qui s’adaptent à ce style d’environnement relève du tour de force. Je suis persuadé que vous connaissez l’adage « Qui peut le plus peut le moins ! ». Eh bien c’est pareil pour l’accessibilité informatique. À partir du moment où vous résolvez des choses pour un environnement extrêmement défavorable, tout ce que vous avez développé transpose son efficacité dans un environnement beaucoup plus favorable comme par exemple le travail ou encore les activités courantes que l’on peut faire sur un ordinateur. Je crois que c’est réellement mon plus grand succès… Enfin pour le moment !

Poursuivre le développement de ce projet dans tout un tas de domaines différents… Déjà, je voudrais vraiment que le handicap moteur soit compensé à 100 %. Actuellement, avec les logiciels Give Access, on arrive à résoudre des problématiques d’accessibilité de personnes ayant un handicap moteur lourd comme le mien et avec une efficacité énorme. C’est un peu plus difficile pour des handicaps encore plus lourds mais ça marche pas mal quand même.

Plus encore, avoir des aides techniques informatiques qui agissent sur l’environnement et passer vers l’Internet des Objets me semble être une piste très intéressante.

Ma vision, c’est un monde où la technologie permette à toute personne en situation de handicap de vivre d’une manière totalement indépendante et de mettre en avant les talents et la créativité de chacun.